Blaise Pascal : Les Pensées...

Musée National des Granges de Port-Royal

 

   Madame Véronique Alémany occupa pendant de nombreuses années le poste de Directeur au Musée National des Granges de Port-Royal, c’est pourquoi nos chemins se sont croisés dans ce haut lieu du Jansénisme où des personnages aussi illustres que Pascal et Racine trouvèrent l’inspiration nécessaire pour y inscrire quelques-unes des plus belles pages de la littérature française. Je me suis donc laissé surprendre par la quiétude de cet endroit propice à la méditation et mon intérêt s’est machinalement porté vers la " Grange à blé " qui est une magnifique bâtisse du XVIe siècle dont la restauration revient aux architectes des monuments historiques, de quoi réaliser une exposition de grande envergure bénéficiant d’une superficie au sol de 400 mètres carrés. La structure entière du bâtiment était à la hauteur de mes espérances, car mon désir de vouloir moderniser les Pensées de Blaise Pascal ne pouvait pas trouver un site mieux approprié à ma démarche artistique d’autant que Madame Véronique Alémany avait eu la courtoisie de m’offrir un droit de passage exclusif sur les terres de Port-Royal des Champs. J’ai profité de cette aubaine pour m’imprégner au plus profond de mon être de ce qui reste de la présence de Pascal à Port-Royal et envisager une scénographie aux multiples facettes, de manière à ce que le grand public puisse accéder autrement aux Pensées.

 

   L’apport des nouvelles technologies au sein d’une exposition d’art contemporain est devenu fort banal dans le paysage visuel, mais dans le cas des Pensées de Blaise Pascal il s’agissait de relier deux siècles apparemment distincts. Ma stratégie consistait à reproduire l’intégralité des Pensées sans intervenir sur le fond et de bénéficier uniquement des prouesses de l’informatique pour adapter le contenu de ce livre si emblématique aux différents modes d’expression propres à notre époque. Une lecture linéaire et plus traditionnelle des Pensées était rendue possible par un ensemble de tirages numériques sur papier vélin au format raisin, alors que la dynamique des bornes interactives et des écrans plasma en réseau offrait un nouveau genre de ce que pouvait être l’avenir du texte imagé. La vraie question consistait à savoir s’il était finalement possible d’insérer le style littéraire du XVIIe siècle dans une œuvre plastique ayant une forte connotation contemporaine. Il semble que le pari ait été gagné parce que la dimension spirituelle et métaphysique de l’image moderne a permis de transcrire l’originalité du texte. J’ai su ainsi préserver la nature du récit en optant d’emblée pour un rendu plutôt arbitraire qui consistait à reproduire la verve de l’auteur en l’intégrant dans les profondeurs même du dessin assisté par ordinateur. En effet, mes images ne sont que le reflet de ma pensée, mais elles sont devenues également le support des Pensées de Blaise Pascal, puisqu’elles ont une certaine abstraction qui tend vers un profond mystère : La représentation de Dieu en forme de visage spiralé à peine perceptible face à une figuration très schématique de l’être humain au travers d’une forme déchiquetée et de couleur jaunâtre crée un univers artificiel avec des interprétations différentes.

 

   Je songe en quelque sorte aux Pensées de Blaise Pascal qui manifestent une certaine angoisse de ce que représente la vie sur terre, car mortels au regard de l’éternité nous souffrons tous du chaos. Pascal arpente un imaginaire au gré de ses visions et ordonne les choses de manière à ce que l’homme soit en relation directe avec Dieu, mais s’il affiche clairement ses convictions personnelles en tant que simple croyant, néanmoins sa destinée demeure inachevée... En revanche, il nous a laissé de sublimes passages littéraires dignes de la plus haute attention tant leur contenu manifeste de la compassion à l’égard de notre si étrange condition. Sa parole nous instruit sur la fragilité de nos certitudes et aide à se plonger dans un univers hostile que l’homme moderne redoute en raison de son éternel isolement. C’est tout le genre humain qui bascule dans un monde informe qu’on nomme froidement le néant, puisque rien ne semble échapper au supplice d’une telle affliction. De ce fait, cette œuvre graphique sur les Pensées de Blaise Pascal peut divertir les esprits méditant sans cesse sur notre existence. Je suis donc fier de véhiculer une démarche à la fois spirituelle et artistique qui fût d’abord une grande satisfaction intérieure, car c’est dans le recueillement que l’homme se trouve, et puis rien ne devait entraver cette quête de la spiritualité en hommage à Pascal...

Nantes, le 19 août 2005